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Elisabeth Massoni, la passion de la recherche orientée


Mécanicienne de formation, Elisabeth Massoni dirige le Centre de Mise en Forme des Matériaux (CEMEF) de MINES ParisTech (Institut Carnot M.I.N.E.S) à Sophia Antipolis. Si elle a moins le temps de faire de la recherche, sa passion à résoudre les problématiques industrielles reste intacte. Un parcours inspirant pour les chercheuses, encore trop peu nombreuses dans cette discipline.

Sa passion, ce sont les matériaux, comprendre comment ils s’écoulent, comment ils évoluent au cours de traitements thermiques, comment ils réagissent lorsqu’on les sollicite pas forcément avec douceur …  En 2011 elle est nommée à la tête du CEMEF, l’un des 18 centres de recherche de l’institut Carnot M.I.N.E.S. et l’un des plus importants en taille avec près de 150 personnes. C’est l’aboutissement de presque toute une carrière passée au CEMEF, débutée par une thèse il y a 35 ans, suivie du montage de plusieurs dizaines de projets industriels directs ou collaboratifs (nationaux, européens) et de l’encadrement d’autant de doctorant et d’étudiants… Avant sa prise de fonction de directeur, elle s’investira à l’ANR à peine créée et fondera et dirigera le programme Matériaux et Procédés durant 3 ans.

 

Les verrous industriels, source d’inspiration

La science des matériaux est l’un des domaines qui connaît le plus d’innovations. L’industrie cherche constamment à rendre les matériaux plus performants, améliorer les procédés, alléger les structures. Cela passe par un meilleur choix des matériaux voire le développement de nouveaux matériaux et l’optimisation des procédés qui les transforment.

Pour Elisabeth Massoni, « rien n’est plus intéressant pour un scientifique que de mettre tout en place pour répondre aux questions, souvent difficiles, des partenaires industriels. Ces questions nous font puiser dans nos connaissances. Les industriels nous apportent aussi des savoirs que nous n’avons pas, et les échanges scientifiques avec eux sont passionnants. Participer à la résolution de problèmes industriels offre une grande satisfaction pour le chercheur. »

Pour résoudre ces questions industrielles, l’un des outils est la modélisation numérique, et le développement de logiciels de simulation, spécialité d’Elisabeth Massoni. Modéliser les propriétés d’un nouveau matériau permet d’avoir une réponse rapide sans tester physiquement de nombreuses pièces. Ce qui a un avantage indéniable au point de vue économique pour l’industrie.

 

Le métier de directeur de centre de recherche

Pourtant, elle quitte la recherche et son laboratoire pendant trois ans et demi, entre 2005 et 2008. Direction Paris, où elle devient responsable ANR du programme Matériaux et Procédés pendant trois ans, puis du programme Nanosciences et Nanotechnologies pendant quelques mois. Son travail : mettre en place les appels à projets, les comités de pilotage et d’évaluation. Elle passe de l’autre côté de la barrière ce qui lui donne l’opportunité de côtoyer des scientifiques de tous les domaines : histoire, médecine, agronomie, etc. Ce fut pour elle une expérience très enrichissante.

Lorsqu’elle revient à Sophia Antipolis, elle postule au poste vacant de directeur du CEMEF et l’obtient.

Diriger un centre de recherche  est très différent du métier de chercheur, mais ça lui plait. Elisabeth Massoni se veut particulièrement attentive à la gestion des carrières de son personnel. Gestion compliquée par la multiplicité des statuts qui coexistent dans son équipe : CNRS, Armines, MINES ParisTech. En termes de stratégie scientifique, son crédo reste de « placer le matériau au centre de nos préoccupations » avec un souci d’équilibrer les recherches expérimentales d’observation, de caractérisation et d’analyse de la matière et des procédés de mise en forme avec les recherches axées sur le développement d’approches numériques de modélisation et de simulation de cette même matière et des procédés.

 

L’université forge sa façon de penser

Sa carrière semble s’être déroulée de manière limpide et évidente, pourtant, tout n’a pas été simple.

 « Lorsque j’ai été recrutée en thèse au CEMEF je venais d’obtenir mon DEA en Mécanique et Applications Numériques de Paris VI. J’avais deux gros défauts : je n’étais pas ingénieure « seulement » universitaire, et j’étais une femme. Nous n’étions que deux à l’époque dans tout le service  mais ma collègue avait la chance d’être ingénieur». Il lui a fallu faire ses preuves avec plus de pugnacité que les autres ce qui est le lot de bien de femmes. Si Elisabeth Massoni ne fait pas partie de ceux qui revendiquent bruyamment, ses qualités scientifiques ont fini par faire la différence. Elle ne regrette pas son parcours hors de la voie royale classes préparatoires – grandes écoles : « l’autonomie, et la richesse des contacts et des connaissances acquises à l’université ont forgé ma façon de penser. »

 

Encourager les femmes

Elisabeth Massoni a le féminisme discret et parfois déconcertant des femmes arrivées aux postes de direction : on pourrait l’imaginer plutôt traditionnelle, puisqu’elle a suivi son mari à Sophia Antipolis, et renoncé dans le même temps à son objectif premier d’étudier la Mécanique Céleste à Jussieu, et qu’elle revendique le titre de directeur et non de directrice. Pourtant elle est particulièrement attentive à la promotion des femmes. « Je veux faire comprendre aux jeunes femmes qu’elles ont toute leur place dans nos domaines scientifiques et même une valeur ajoutée phénoménale : on le voit tous les jours dans les laboratoires, souligne-t-elle. Et je suis fière quand une jeune doctorante pose de bonnes questions à un patron de PME senior, tout ébahi ! ». Pour preuve au CEMEF, 42% des ingénieurs et 50% des responsables des équipes de recherche sont des femmes.